Marie-Bernadette Dufourcet
Marie-Bernadette Dufourcet

Le cantus firmus dans la musique d'orgue à Venise

Groupe de Recherche sur le Patrimoine musical,  Itinéraires du cantus firmus, Vol. III : De la théorie à la pratique, Etudes réunies et présentées par le Prof. Edith WEBER, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1999, p. 89-99 (11 p.)

 

 

         Au début du XVIe siècle, sous l'impulsion des musiciens franco-flamnds, de véritables écoles autochtones renaissent en Italie, avec, pour principaux centres, Venise, Rome et Milan. Rome, siège de la papauté, joue un rôle dirigeant dans l'établissement d'un style sacré "officiel", surtout au moment de la Contre-Réforme ; pourtant, Venise sait garder ses distances, en cultivant un style propre, autant dans le domaine vocal qu'instrumental. elle exerce, autour d'Adrien Willaert et de ses disciples à la basilique Saint-Marc, une influence déterminante sur l'évolution du langage musical, en particulier, au niveau de l'expression du texte par la musique, ainsi que dans le traitement dialogué des choeurs ou des instruments, sans oublier le rôle de l'imprimerie musicale, mise au point à Venise.

            Nommé en 1527 au poste de maître de chapelle de la basilique, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort en 1562, Willaert assure la direction des choeurs, compose et enseigne. Grâce à ce personnage patriarcal qui va imprégner de son esthétique, directement ou indirectement, toute l'Ecole vénitienne du XVIe siècle et même au-delà, la basilique Saint-Marc devient le foyer de cette Ecole.

         En ce qui concerne le répertoire instrumental, les compositeurs vénitiens - en particulier, Claudio Merulo, Andrea et Giovanni Gabrieli - s'intéressent beaucoup à l'orgue dont ils font progresser la technique, dans le cadre de nouvelles formes comme la toccata, la canzona, l'intonazione, le ricercare. Parallèlement à ces genres nouveaux, ils composent, pour leur instrument, des pièces liturgiques plus traditionnelles, sur cantus firmus, jouées en alternance avec le chœur : messes, hymnes, magnificat. Ce type d'œuvres que l'on retrouve dans tous les répertoires organistiques européens de l'époque (hymnes et magnificat en majorité), s'inspire de modèles habituellement improvisés au cours des célébrations solennelles. 

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© Marie-Bernadette Dufourcet