Marie-Bernadette Dufourcet
Marie-Bernadette Dufourcet

La musique en Aquitaine à l’époque de la bataille de Castillon

Cahiers Art et Science n° 8/2004, dir. Professeur A. Glykos, Université Bordeaux I, p. 91-103 (13 p.)

 

 

 

          Se tourner vers les œuvres artistiques d’un passé lointain représente toujours une gageure pour l’observateur conditionné par les modes de sentir et de penser propres à sa culture et à son époque. Comment le musicien ou l’auditeur de 1453 percevaient-il la musique  de leur temps ? Il serait difficile de répondre à leur place.

 Par-delà les éléments objectifs dont nous pouvons disposer – sources musicales, écrits contemporains sur la musique, iconographie, contexte socio-historique – le rôle de la subjectivité dans le processus de composition, dans l’interprétation et la réception des œuvres est tel que toute reconstitution s’avère illusoire. Il faudra donc nous contenter d’approcher au plus près de notre objet d’étude en étant humblement conscients des limites humaines de notre regard lorsqu’il se porte sur une époque ou une culture différente de la nôtre.

A l’étude approfondie des éléments objectifs auxquels il vient d’être fait allusion, on devine assez clairement un fil conducteur liant œuvres musicale et écrits théoriques sur la musique, tout au long du XVe siècle, à savoir une dignification de l’ouïe, aux côtés de la raison ; le discours convenu sur la musique en tant que science du nombre cède de plus en plus d’espace au jugement des sens, même si ceux-ci restent soumis à la raison. L’irruption de la sensualité fait encore peur ; fille du démon pour les moralisateurs religieux, elle risque de nous entraîner dans l’irrationnel incontrôlable, vers la domination des ténèbres et loin de la lumière divine.

            L’expression de la plus pure rationalité humaine étant la parole, véhicule de la pensée, cela explique la préséance de la musique vocale sur le répertoire instrumental jusqu’au XVIe siècle, ce que traduit d’ailleurs la faible densité des sources musicales de ce répertoire à nous être parvenues du Moyen Age jusqu’au XVe s. Pour Jean de Grouchy et d’autres des théoriciens des XIVe et XVe s., faire de la musique est synonyme de chanter. Le terme de musicus  désigne le musicien savant qui connaît la théorie en latin et les règles de la composition ; il occupe le haut de la hiérarchie sociale des musiciens. Le musicus n’a que peu

De choses en commune avec le praticien instrumentiste, sans grande instruction, qui, par conséquent, occupe un rang bien inférieur. Cependant, en 1453, instrument, instrumentiste et facteurs d’instruments commencent peu à peu à sortit de l’ostracisme qui les frappent, à mesure que le cœur et les sens acquièrent de la valeur dans le choix artistique, au détriment des seul critères jugés rationnels.

 

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© Marie-Bernadette Dufourcet